Coloscopie · Polypectomie · Mucosectomie

Perforation en endoscopie : faute ou aléa ?

Une complication connue, pas une faute en soi. Mais la preuve pèse sur vous, et la faute se joue rarement sur le geste : plutôt dans les heures qui suivent.

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Faute ou pas ?

Une perforation en coloscopie est-elle une faute ?

Réponse directe

Non, mais c’est à vous de le démontrer

La perforation est une complication connue et publiée de l'endoscopie digestive. Mais quand un organe que l'intervention n'impliquait pas est atteint, la Cour de cassation (1re civ., 25 mai 2023, n° 22-16.848) juge l'atteinte fautive, « en l'absence de preuve […] d'une anomalie rendant l'atteinte inévitable ou de la survenance d'un risque inhérent » relevant de l'aléa thérapeutique.

Autrement dit, la perforation ne vous condamne pas. Elle vous oblige à prouver l'anomalie ou le risque inhérent, et seul le dossier apporte cette preuve.

Précision de méthode

L'arrêt du 25 mai 2023 porte sur une arthroscopie d'épaule. Il est cité ici comme règle probatoire générale, pas comme une décision d'endoscopie.

Sur l'endoscopie digestive, l'arrêt de référence reste Cass. 1re civ., 18 septembre 2008, n° 07-12.170, publié au bulletin : une perforation lors d'une coloscopie, examen qui « n'impliquait pas une atteinte aux parois », y est analysée comme un geste maladroit.

Les taux

À quelle fréquence survient une perforation ?

Le taux fonde l'appréciation du « risque inhérent ». Et il varie d'un facteur cent entre une coloscopie diagnostique et une dissection sous-muqueuse.

Méfiez-vous des taux repris dans les dossiers.

Certains rapports d'expertise retiennent des taux de perforation de l'ordre de 1 %, dix fois les données publiées. Ce sont des chiffres retenus dans un dossier, pas des données épidémiologiques.

Si un taux est opposé à votre pratique, faites d'abord vérifier sa source et son périmètre : diagnostique ou thérapeutique, dépistage ou symptomatique.

Un point de doctrine à noter. L'argument « l'examen n'impliquait pas d'atteinte à la paroi » vaut pour une coloscopie diagnostique. Il s'affaiblit sur les gestes thérapeutiques (polypectomie, mucosectomie, dissection sous-muqueuse), où l'atteinte de la musculeuse est un risque assumé du geste.

C'est le sens de la reclassification proposée par la SFED en 2020, qui isole une catégorie de brèche musculaire thérapeutique.

GesteTaux de perforationSource
Coloscopie diagnostique0,04 %Fiche patient SFED « Coloscopie », mise à jour du 11 juin 2026
Coloscopie, toutes indicationsenviron 1 pour 2 000SFED, recommandations sur la redéfinition de la perforation colique, janvier 2020
Ablation de polype0,08 %Fiche patient SFED « Coloscopie », 11 juin 2026
Polypectomie à l’anse0,17 %POST’U 2019, FMC-HGE, tableau 2
Mucosectomie (EMR)0 à 5 %POST’U 2019, FMC-HGE, tableau 2
Dissection sous-muqueuse (ESD)5 à 10 %POST’U 2019, FMC-HGE, tableau 2

Ordres de grandeur publiés par des sources françaises de la spécialité. Les séries divergent : ce sont des ordres de grandeur, pas des seuils opposables.

Le vrai risque

Le vrai reproche : ne pas l’avoir vue à temps

Ce n'est pas la perforation qui fait perdre un dossier. C'est ce qui s'est passé dans les 24 à 48 heures suivantes.

Perforation non reconnue, traitement médical maintenu six jours

Après une mucosectomie, la perforation passe inaperçue pendant le geste, ce que l'expertise ne juge pas fautif. Le maintien d'un traitement médical pendant six jours, en revanche, l'est. Issue : 35 % d'aléa, 65 % de faute.

Pneumopéritoine à J1 non opéré

Un pneumopéritoine visible le lendemain de la coloscopie n'est pas suivi d'une reprise chirurgicale ; le patient décède. Pour la CCI, au-delà de vingt-quatre heures après l'examen, la chirurgie en urgence s'imposait. Issue : perte de chance de 30 %, modulée par les comorbidités.

Suivi post-coloscopie défaillant

La perforation est jugée non fautive, mais ni scanner ni avis chirurgical ne sont demandés devant l'évolution clinique. Issue : 10 % au titre de la solidarité nationale, 90 % à la charge du praticien.

La MACSF a analysé 319 déclarations de gastro-entérologie entre 2016 et 2019 : 38 % concernaient des coloscopies ou polypectomies, 24 % des gastroscopies, 9 % des CPRE. Premier motif : la perforation digestive, 23 %, devant l'erreur ou le retard diagnostique (15 %) et les bris dentaires (15 %).

Or l'issue était favorable au praticien dans 77 % des cas. La perforation, en elle-même, se défend. Le délai, beaucoup moins : trois avis de CCI rapportés par la MACSF le montrent.

Ce que ces dossiers ont en commun.

Dans les trois cas, l'expertise ne reproche pas le geste. Elle reproche l'absence de réévaluation devant un signe d'alerte : douleur persistante, défense, fièvre, pneumopéritoine, puis une reprise différée.

La meilleure prévention est donc organisationnelle : consignes de sortie écrites et remises, numéro joignable, seuil bas de scanner, trace de chaque appel du patient.

Aléa et ONIAM

Quand personne n’indemnise : le piège du seuil de gravité

Une perforation non fautive, reconnue anormale, peut ne donner lieu à aucune indemnisation. C'est l'effet direct de l'article D.1142-1 CSP.

CAA de Douai, 2e chambre, 10 juillet 2024, n° 23DA00554

Une perforation colique de cinq centimètres survient pendant une coloscopie et impose une intervention de Hartmann. La cour écarte la faute : même dans les règles de l'art, le risque se réalise « avec une occurrence inférieure à un pour mille ». Elle écarte aussi l'ONIAM : le dommage est anormal, mais le déficit permanent de 5 % n'atteint pas les seuils de l'article D.1142-1.

Le patient repart sans indemnisation, le praticien sans condamnation. Ce dossier a pourtant été plaidé jusqu'en appel : la garantie défense compte autant que la garantie indemnisation.

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Information

Le défaut d’information : une condamnation sans faute technique

C'est la voie d'indemnisation la plus souvent sous-estimée, parce qu'elle ne dépend pas de la qualité du geste.

Ce qui protège réellement

  • ✓Une fiche d’information remise, datée, et dont la remise est tracée au dossier
  • ✓La mention explicite du risque de perforation et de ses conséquences possibles
  • ✓Une trace de l'entretien : date, questions posées, réponses apportées
  • ✓Un délai de réflexion respecté hors urgence

Ce qui ne protège pas

  • ✕Une fiche remise mais non tracée
  • ✕Une signature de consentement sans trace de l'échange
  • ✕Une information générique ne mentionnant pas les risques graves normalement prévisibles
  • ✕Une information donnée le jour même, juste avant le geste, pour un examen programmé

Le défaut d'information est un manquement autonome, indemnisable même si le geste est irréprochable. Exemple : CAA de Versailles, 11 juillet 2019, n° 18VE01838. Une dilatation endoscopique de sténose colique se complique d'une perforation ; la responsabilité est retenue pour défaut d'information (art. L.1111-2 CSP), pour 53 100 €, dont 3 000 € de préjudice d'impréparation.

Le principe est constant : un risque grave et normalement prévisible doit être annoncé, même s'il est exceptionnel. La perforation en endoscopie en fait partie.

CPRE

CPRE : le geste dont les complications sont les mieux chiffrées

La CPRE ne pèse que 9 % des déclarations de la spécialité, mais c'est le geste dont le profil de complication est le mieux documenté.

Deux référentiels de prévention à ne pas confondre.

La recommandation européenne en vigueur est celle de l'ESGE, 2020 (Endoscopy 2020;52(2):127-149) : 100 mg de diclofénac ou d'indométacine par voie rectale immédiatement avant la CPRE, sauf contre-indication, et prothèse pancréatique chez les patients à haut risque.

Deux pièges. La version 2014 disait « avant ou après » : c'est un texte périmé. Et l'hydratation par Ringer lactate vient de l'ASGE américaine (2023), pas de l'ESGE.

Ce qui n’a pas pu être vérifié

On lit parfois qu'une CPRE diagnostique, faite alors qu'une cholangio-IRM ou une écho-endoscopie était possible, serait une faute d'indication. Aucune décision française en ce sens n'a été trouvée.

La jurisprudence consultée sanctionne le défaut d'information sur la pancréatite et le retard de prise en charge. L'indication contestable apparaît, chez les assureurs, comme un facteur aggravant, pas comme une règle acquise.

ComplicationIncidenceSource
Pancréatite aiguë post-CPRE, tout-venant4,6 %Bishay et al., Gastroenterology, mars 2025 (méta-analyse de 380 études)
Pancréatite aiguë, primo-cathétérismes6,5 %Bishay et al., Gastroenterology, mars 2025
Pancréatite aiguë, situations à haut risquejusqu’à 14,7 %POST’U 2025, FMC-HGE
Hémorragie1,5 %Bishay et al., 2025
Cholangite2,5 %Bishay et al., 2025
Perforation0,5 %Bishay et al., 2025
Décès0,2 %Bishay et al., 2025

L'incidence de la pancréatite post-CPRE est restée stable entre 2000 et 2023. La fiche patient SFED (mise à jour du 15 avril 2024) retient 3 à 5 %, un ordre de grandeur cohérent.

Sédation

Sédation et anesthésie : qui répond en cas d’incident ?

En France, 84 % des endoscopies digestives se font sous anesthésie générale, jusqu'à 88 % des coloscopies. Le partage des responsabilités compte.

Le cadre est celui des articles D.6124-91 à D.6124-103 du code de la santé publique. Une consultation préanesthésique a lieu plusieurs jours avant l'acte programmé ; elle ne remplace pas la visite préanesthésique des vingt-quatre heures précédentes (art. D.6124-92).

L'anesthésie suit une stratégie établie par écrit, sous la responsabilité d'un médecin anesthésiste-réanimateur, avec surveillance clinique continue (art. D.6124-94).

La surveillance postinterventionnelle se fait en salle dédiée. La dérogation de l'article D.6124-98-1 ne vaut que pour l'anesthésie topique ou locorégionale périphérique : jamais pour l'anesthésie générale ni la sédation profonde.

Vous ne répondez pas de l’anesthésie, mais de votre décision d’opérer

La référence reste l'assemblée plénière de la Cour de cassation, 30 mai 1986 (n° 85-91.432) : si la surveillance postopératoire incombe à l'anesthésiste pour sa spécialité, l'opérateur « n'en demeure pas moins tenu […] d'une obligation générale de prudence et de diligence ».

Le 12 juillet 2016 (n° 15-84.035), la chambre criminelle a cassé la relaxe d'un opérateur dont l'anesthésiste avait quitté le bloc à plusieurs reprises. Il devait cesser immédiatement une intervention privée de surveillance clinique continue.

Transposé à l'endoscopie : vous ne répondez pas de l'acte anesthésique, mais de votre décision de commencer ou poursuivre un examen non urgent sans surveillance conforme.

Questions fréquentes

Questions fréquentes sur la perforation en endoscopie

Une perforation en coloscopie est-elle automatiquement une faute ?
Non, c'est une complication connue. Mais si un organe que l'intervention n'impliquait pas est atteint, la Cour de cassation exige du praticien la preuve d'une anomalie rendant l'atteinte inévitable, ou d'un risque inhérent relevant de l'aléa (1re civ., 25 mai 2023, n° 22-16.848). La perforation ne condamne pas : elle oblige à démontrer.
Quel est le taux de perforation en coloscopie ?
Selon la fiche patient de la SFED (11 juin 2026) : 0,04 % en coloscopie diagnostique, 0,08 % avec ablation de polype. Environ 1 pour 2 000 toutes indications (SFED, 2020). Les gestes thérapeutiques montent nettement : 0,17 % en polypectomie à l'anse, 0 à 5 % en mucosectomie, 5 à 10 % en dissection sous-muqueuse (POST'U 2019).
Est-il fautif de ne pas voir une perforation pendant l’examen ?
Pas en soi : une part importante des perforations passe inaperçue pendant le geste, et les expertises consultées ne le retiennent pas comme une faute. Ce qui est retenu, c'est l'absence de réévaluation devant un signe d'alerte dans les heures et jours suivants : douleur persistante, défense, fièvre, pneumopéritoine.
Que se passe-t-il si la perforation n’est pas fautive ?
La solidarité nationale peut indemniser (art. L.1142-1 II CSP) si trois conditions sont réunies : imputabilité directe à l'acte, conséquences anormales, et gravité au sens de l'article D.1142-1 CSP. Sinon, personne n'indemnise : c'est ce qu'a jugé la CAA de Douai le 10 juillet 2024 (n° 23DA00554), pour un déficit permanent de 5 %.
Quel est le seuil de gravité qui ouvre droit à l’ONIAM ?
24 % d'atteinte permanente ; ou, pendant au moins six mois (consécutifs, ou non consécutifs sur douze), un arrêt des activités professionnelles ou un déficit fonctionnel temporaire d'au moins 50 % ; ou, à titre exceptionnel, une inaptitude définitive à l'activité antérieure ou des troubles particulièrement graves (art. D.1142-1 CSP).
Peut-on être condamné alors que le geste était parfait ?
Oui, pour défaut d'information. C'est un manquement autonome, indépendant de la qualité technique du geste, indemnisé notamment au titre du préjudice d'impréparation. La CAA de Versailles l'a retenu le 11 juillet 2019 (n° 18VE01838) après une perforation lors d'une dilatation endoscopique.
Suis-je responsable d’un incident survenu sous sédation ?
Pas de l'acte anesthésique, qui relève de l'anesthésiste-réanimateur (art. D.6124-91 à D.6124-103 CSP). Mais vous restez tenu d'une obligation générale de prudence (Cass. ass. plén., 30 mai 1986). Et la chambre criminelle a jugé le 12 juillet 2016 (n° 15-84.035) qu'un opérateur devait cesser une intervention non urgente privée de surveillance continue.

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